Attaques contre les femmes, les migrants et les droits sociaux:
quelles perspectives pour le mouvement social face à Donald Trump ?
Soirée avec Ahmed Shawki,
militant de l’International Socialist Organization (ISO) installé à Chicago
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Lausanne, 8 mars 2017, Espace Dickens (Charles Dickens 6– bus 2 arrêt Closelet), 20h00.
Organisé par le Mouvement pour le socialisme, la Gauche anticapitaliste, le Cercle la brèche, le site www.alencontre.org
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Genève, 9 mars 2017, Université de Genève (Uni-Mail, salle MR170), 18h15
Organisé par le Cercle la brèche, le Mouvement pour le socialisme, le site www.alencontre.org
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Quels sont le contenu et les conséquences des mesures actuelles et à venir du gouvernement Trump? Quel est l’héritage des deux mandats d’Obama sur la situation sociale aux Etats-Unis ? Le Parti démocrate est-il un allié dans la lutte contre Trump ou fait-il partie du problème? Quelles sont les orientations et les perspectives des divers mouvements mobilisés contre Trump, tels les Women’s March et autres manifestations de la société civile ? Quelles jonctions avec des luttes plus anciennes, comme le mouvement contre les violences policières racistes Black Lives Matter ou le mouvement pour un salaire minimum horaire à 15 dollars? Quelle perspective pour la construction d’une gauche radicale aux Etats-Unis ?
Si le 8 novembre 2016 Donald Trump a été élu 45e président des Etats-Unis, c’est grâce à un système électoral forgé à l’origine pour garantir le pouvoir des esclavagistes. Il a reçu près de trois millions de suffrages de moins que la Démocrate Hillary Clinton.
Plusieurs commentateurs interprètent l’élection de Trump à la présidence des Etats-Unis. Il s’agissait, pour eux, d’un vote « raciste », un vote de protestation des « perdants de la globalisation» ou encore un vote de « revanche des blancs contre les électeurs noirs » ayant voté pour Obama en 2008 et 2012. Ce genre d’interprétations se situe sur le plan d’une explication simpliste du « phénomène Trump ». En effet, elles ne permettent pas de comprendre les raisons profondes qui ont permis à un personnage mysogine, raciste et hyper-conservateur, d’emporter l’élection présidentielle : la profonde crise sociale qui secoue le pays et qui se traduit par une polarisation sociale d’ampleur et que l’élection de Trump contribue certainement à renforcer.
Les huit ans du gouvernement de Barack Obama (2008-2016) ont crée les conditions pour le renforcement du courant d’extrême-droite et des franges ultra-conservatrices aux Etats-Unis. En effet, en dépit des promisses de changement, l’administration du premier président noir de l’histoire du pays s’est inscrite dans la continuité des politiques racistes et discriminatoires vers les noirs et les minorités, des politiques antisociales touchant une large partie de la population et des politiques en faveur du grand Capital. La baisse du taux de chômage officiel et les « créations d’emplois », présentées par le gouvernement Obama comme les signaux d’un progrès social, cachent la précarisation accrue que connaît la population. Voici quelques chiffrent de cette réalité :
- la proportion des salariés occupant un emploi temporaire a augmenté de 10,7% à 15,8% de 2008 à 2016 ;
- 42,4% de l’ensemble des travailleuses et travailleurs reçoit un salaire horaire inférieur à 15 dollars ; ce chiffre atteint 59,1% pour les Latinos, 54,1% pour les noirs et 36,4% pour les blancs ;
- sur la période 2008-2015, la durée moyenne du chômage est passée 17,9 semaines en à 29,2 semaines.
De plus, les conditions de vie des noirs continuent à s’empirer. Le chômage de cette catégorie de la population est deux fois plus élevé par rapport aux blancs. Depuis l’élection d’Obama, le revenu médian des noirs est tombé de 10,9% alors que celui des blancs a augmenté de 3,6%; 26% des ménages noires souffrent la faim, ce qui affecte 30% d’enfants; 25% des femmes noirs ne sont pas couvertes par une assurance santé, ce qui se traduit, entre autres, par une surreprésentation de femmes noires (65%) parmi les nouveaux cas d’AIDS. Enfin, rappelons que depuis son arrivé à la Maison Blanche, Obama a expulsé environ 2,5 millions d’immigrés « illégaux », plus de tous ces prédécesseurs. En parallèle à cette politique antisociale contre la majeure partie de la population, les politiques en faveur du grand Capital se traduisent par la hausse des bénéfices trimestriels globaux des entreprises de 671 milliards de dollars à la fin de 2008 à 1636 milliards en 2016. Le patrimoine des 400 Américains les plus riches est passé de 1570 milliards à 24000 milliards de dollars.
C’est précisément dans ce contexte de crise sociale aux Etats-Unis que de luttes ont débouché sur des mouvements sociaux d’ampleur : Occupy Wall Street, Black Lives Matters (« les vies des noires comptes »), le mouvement pour le salaire minimum à 15 dollars ou encore celui des peuples indigènes du Dakota qui se battant contre la construction du Pipeline (Black Snake) sur leurs terres. Ces mouvements ont fait brèche dans la scène politique nationale en dénonçant les politiques antisociales et anti-environnement. Ce sont des mouvements qui se sont développés en dehors des partis traditionnels avec la mobilisation d’une jeunesse radicalisée de femmes, noirs, Latinos, LGBT, etc. Mais ceci n’est qu’une face de la médaille. Son revers est l’importance croissante des courants d’extrême-droite qui se sont mobilisés, entre autres, autour du Tea Party. En dehors de certains groupuscules liés aux suprématistes blanche et de groupes fondamentalistes religieux-chrétiens, une couche populaire de la population semble réceptive aux idées conservatrices et d’extrême-droite prenant pour cible les immigrés, l’avortement et les minorités. C’est en partie le discours mettant en avant les prétendus splendeurs du passé qui a conduit beaucoup d’électeurs à voter pour Trump.
Au cours de la campagne, Trump a indiqué clairement quels étaient ses objectifs, sous couvert du slogan «restaurer la grandeur de l’Amérique»: favoriser les grands capitalistes américains – des milieux de la finance aux grands producteurs de pétrole et autres énergies fossiles – en sacrifiant l’environnement, les salarié·e·s, ainsi que les droits des femmes, des LGBT et des migrant·e·s. Dans la semaine qui a suivi son investiture, le 20 janvier, Trump a signé une série de décrets allant dans ce sens: construction du mur à la frontière avec le Mexique; interdiction d’entrée sur le sol des Etats-Unis des ressortissant·e·s de sept pays qualifiés de «musulmans» pendant plusieurs mois ainsi qu’un refus d’accueillir des réfugié·e·s syriens; autorisation de la construction des pipelines Keystone XL et Dakota Access; coupes dans le financement d’ONG actives autour du planning familial et du droit à l’avortement;… Le nouveau gouvernement a aussi encouragé toutes les mesures possibles pour limiter l’accès à l’Obamacare, une assurance maladie certes insuffisante mise en place par Obama, ainsi que proféré des menaces visant à diminuer de 40% la contribution des Etats-Unis au financement de l’ONU.
La composition du gouvernement de Trump est une indication certaine des politiques à venir de son administration. Une collection de représentant·e·s du 1% des plus riches du pays, dont plusieurs cadres de Wall Street. Pour citer quelques nouveaux ministres: Stephen Bannon, stratège en chef, un idéologue d’extrême droite; le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, ancien PDG de la compagnie pétrolière ExxonMobil et bien introduit auprès du pouvoir russe; aux finances Steve Mnuchin, responsable de nombreuses expulsions de logements lorsqu’il était à la tête de la OneWest Bank; le «climato sceptique» notoire et ancien gouverneur du Texas, Rick Perry au secrétariat à l’énergie et, enfin, pour clore cette liste partielle, la milliardaire Betsy DeVos à l’éducation, ou plutôt au ministère de la destruction de ce qui reste d’école élémentaire publique.
L’élection de Trump s’inscrit dans un contexte international où de nombreux Etats, y compris dans l’Europe «démocratique», assument des traits de plus en plus autoritaires. Au moment où la mobilisation sociale est en hausse aux Etats-unis (Women’s March, «soulèvement des aéroports», « journées sans immigré-e-s »), la présence d’un activiste américain permettra de comprendre quelles sont les perspectives du mouvement social pour contrer les politiques du gouvernement Trump, la présence d’un activiste américain nous permettra de comprendre quelles sont les perspectives du mouvement social pour contrer les politiques du gouvernement Trump et reconstruire une gauche radicale aux Etats-Unis.
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