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Italie. Le 8 mars la vague féministe descend dans la rue: nous ferons grève!

Une année après la grève des femmes du 8 mars 2017, le seul mouvement à échelle mondiale présent sur la scène politique aujourd’hui, descendra à nouveau dans la rue dans beaucoup de pays du monde entier. Le thème dominant de la nouvelle grève féministe concernera encore une fois les violences et le harcèlement. Mais une année de luttes et d’assemblées ont rendu possible d’élargir et de préciser un ensemble de revendications qui dans de nombreux pays auront pour objet l’indépendance économique des femmes, leur santé et le droit à une formation de qualité, tout comme leur détermination de se battre contre les tentatives d’entraver ou de pénaliser l’avortement.

L’utilisation de l’instrument de la grève, propre au travail salarié est l’expression de la radicalité du mouvement des femmes qui y a eu recours dans ses heures de politisation et de force majeures.

Le souvenir de la grève des femmes du 14 juin 1991 est encore très présent à l’esprit de beaucoup parmi nous, mais il s’agissait à l’époque d’une mobilisation nationale. Or la grève du 8 mars prend des dimensions d’un événement transnational, produit par une révolution toujours invaincue: celle des femmes et des féministes dans un contexte néo libériste qui rend la vie des femmes toujours plus difficile.

Le 18 février nous avons reproduit l’appel lancé par le mouvement argentin Ni una menos. Ci-dessous, nous publions la traduction de l’appel du mouvement italien homonyme Non una di meno; ainsi que la traduction d’un tract contre l’instrumentalisation xénophobe et raciste des violences faites aux femmes qui a été distribué il y a quelques semaines par son groupe de Lucca (Toscane).

En Suisse, aucun collectif féministe n’a relayé cet appel international à la grève des femmes, mais plusieurs manifestations sont prévues. À Genève, pour la deuxième année consécutive, une marche nocturne (en mixité choisie) aura lieu, le départ est fixé pour 20h à la Place de la Navigation. (CLB)

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Le 8 mars la vague féministe descend dans la rue: nous ferons grève!

Le 8 mars la vague féministe descendra dans la rue dans le monde entier à travers la grève internationale des femmes.

Le refus de la violence masculine sous toutes ses formes et la rage de celles qui ne veulent plus être des victimes se transformeront en un cri commun: de #metoo à #wetoogether.

Ça sera la grève féministe parce que nous exigeons une transformation radicale de la société. Nous ferons grève contre la violence économique, la précarité et les discriminations. Nous renverserons les hiérarchies sexuelles, les normes de genre, les rôles sociaux imposés, les rapports de pouvoir que génèrent le harcèlement et la violence. Nous revendiquons un revenu d’autodétermination, un salaire minimum européen et un welfare universel, garanti et accessible. Nous voulons l’autonomie et la liberté de choix sur nos corps et sur nos vies. Nous nous opposons à la violence du racisme dans les institutions et aux frontières.

Nous savons bien que faire grève est toujours un grand défi, parce que nous subissons le chantage d’un emploi précaire ou d’un permis de séjour tout aussi précaire. Nous savons à quel point c’est dur d’interrompre le travail informel, invisible et non rémunéré que nous faisons tous les jours à la maison, dans les services publics et privés et dans les rues. Nous savons que faire grève peut paraître impossible quand nous sommes isolées et divisées. Nous savons que le droit de faire grève subit régulièrement des attaques.

La grève du 8 mars en Italie devra faire face aussi aux limitations imposées par les «franchises électorales» qui empêchent certaines catégories d’arrêter le travail pendant les cinq jours qui suivent les élections du 4 mars.

Toutefois, nous savons aussi que l’année passée nous avons relevé ce défi. Nous avons réalisé une grève sociale soutenue par quelques syndicats, nous avons agi sous des formes multiples qui ont élargi la participation à la grève.

Cette année, quelques syndicats ont déjà annoncé la grève ; beaucoup d’autres doivent encore le faire. Confrontés avec la plus grande insurrection des femmes contre la violence patriarcale et néolibériste, nous estimons que les syndicats doivent saisir cette occasion unique et prendre part à ce processus qui combat la violence masculine et de genre, raison de la précarité du travail.

La grève féministe concernera le travail de production et de reproduction ; elle ira au-delà du corporatisme des catégories et des frontières nationales et unira les multiples figures du monde du travail et du «non-travail».

Pendant ces mois de campagne électorale, il n’y a pas eu une seule liste ou un seul parti qui n’a pas cité la violence contre les femmes. Son caractère systémique n’a toutefois jamais été pointé du doigt et personne n’a remis en question les rapports de pouvoir existants. Contre toute forme d’instrumentalisation, contre le racisme fasciste ou institutionnel qui utilise nos corps pour justifier la violence la plus brutale contre les migrants et leur liberté de mouvement, nous revendiquons notre autonomie et nous réaffirmons la nécessité et la volonté de nous autodéterminer.

Le seul plan sur lequel nous voulons nous exprimer et le plan féministe contre la violence masculine et de genre. Ce dernier est notre terrain de lutte et de revendications commun et a été écrit par des milliers de femmes au cours d’une année de luttes.

Nous affirmerons à tout le monde que nous ne sommes pas le champ de bataille ou le programme électoral de qui que ce soit. Le Plan féministe contient tout ce que nous voulons. Nous occuperons l’espace public pour réaffirmer notre autonomie et notre force politique.

Notre mouvement dépasse l’existant, il traverse les frontières, les langues, les identités et les divisions sociales pour construire des géographies nouvelles.

Au cri de #WeToogether, le 8 mars prochain, ce mouvement montrera une fois de plus sa force globale.

Nous faisons grève!

(Publié le 12 février sur le site de Non una di meno; traduction CLB).

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Procédures judiciaires trop longues, délits qui finissent en prescription, procès influencés par stéréotypes et préjugés, victimes culpabilisées…

NOUS EXIGEONS JUSTICE, MAIS NOUS NE VOULONS PAS LA PROTECTION DES FASCISTES

La violence faite aux femmes est un phénomène structurel propre d’une société capitaliste, patriarcale et sexiste. En Italie, elle s’exerce surtout au sein du ménage et dans les relations intimes et trop souvent elle n’est pas dénoncée. Une femme sur trois (un peu moins de 7 millions de femmes entre 16 et 70 ans) a subi une forme de violence physique ou sexuelle. Si elle a été tuée, trois fois sur quatre c’est par un membre de sa famille.

Le 81,6% des cas de viol a été commis par un Italien. Nous sommes donc contre l’instrumentalisation raciste et sécuritaire de la violence sur les femmes.

La violence s’exerce aussi sur les lieux de travail : 1’403’000 femmes ont subi au moins une fois dans leur vie un chantage sexuel sur leur lieu de travail. Il s’agit du 8,9% des travailleuses.

Voici quelques chiffres :

– Le 11% des cas de chantage sexuel se terminent par le licenciement de la femme qui a été harcelée.

– Sur les 149 femmes victimes d’homicide en 2016, 76 ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire et 33 par un membre de leur famille.

– Le 81,6% des viols subis par les femmes italiennes a été commis par un Italien; le 15,1% par des hommes étrangers.

– Les femmes italiennes dénoncent moins les violences par rapport aux femmes étrangères. On estime que seulement le 11,4% de femmes italiennes a dénoncé la violence qui a subi, contre le 17,1% des femmes étrangères.

– 37,6% des femmes victimes de violence de la part du partenaire ont été plus ou moins gravement blessées; le 20% a été hospitalisé.

– Parmi les femmes hospitalisées en raison de violences sexuelles de la part du partenaire, 1 sur 5 a subi des lésions permanentes.

En tant que femmes et pour toutes les femmes, nous revendiquons la liberté et l’autodétermination des espaces et des réseaux solidaires pour contrecarrer la violence que nous subissons.

Les rues libres sont faites par les femmes qui le traversent !

(Non una di meno – Lucca, février 2018; traduction CLB)