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Dirceu Travesso. Le refus de boire cette Coupe… du monde de foot!

Le texte que nous publions ci-dessous est issu d’un exposé de Dirceu Travesso – membre de Conlutas et représentant de l’Espace unitaire d’action brésilien, organisateur unitaire de la mobilisation lors de la Coupe du monde de foot organisée par la FIFA – en occasion d’une soirée de discussion organisée à Lausanne le 27 mai 2014 par le Mouvement pour le socialisme (MPS), le Cercle La brèche (CLB) et les Editions Pages 2. Vous pouvez voir la vidéo de l’intervention de Travesso ici. L’exposé a été traduit du portugais par le Cercle La brèche.

Je souhaite remercier les organisateurs pour m’avoir invité à parler en Suisse de la situation sociale et politique au Brésil. Je le ferais en relation avec les grandes mobilisations de juin 2013 et le contexte international, caractérisé par la crise économique et par les différentes luttes qui traversent le pays à quelques jours du début de la Coupe du monde.

Des luttes sociales à quelques jours de la Coupe du monde!

Les enseignant·e·s, les étudiant·e·s et les fonctionnaires des trois plus importantes universités de l’Etat de São Paolo viennent de faire grève. Aujourd’hui même [27 mai] les conducteurs de lignes de bus de différentes villes du pays, tout comme des travailleurs qui régulent le trafic routier. Comme, par exemple, dans la ville de Salvador de Bahia, qui est l’un des 12 sites qui abritera le Mondial [ce jour-là près de 70% de la flotte de bus fut paralysée, selon des données «officielles»], ce qui touche 1 million de personne utilisant les transports publics. Mais aussi dans des villes comme Rio de Janeiro, Florianópolis et São Luis. En ce moment se déroule une assemblée du syndicat des travailleurs du métro de São Paulo est en cours. Les travailleurs vont décider de lancer une grève dès la semaine prochaine pour revendiquer une augmentation des salaires [voir les articles sur ce site sur la grève de plusieurs qui fut décidée lors de cette réunion ainsi que la campagne pour la réintégration de 42 travailleurs licencié·e·s]. En même temps, des grèves dans le secteur de l’éducation se déroulent dans plusieurs régions: Rio de Janeiro, à São Paulo, Belo Horizonte et Santa Catarina.

Il ne s’agit là que de quelques indictions des grèves qui ont lieu en ce moment. Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à d’autres mobilisations importantes. Le 15 mai, la ville de São Paolo était paralysée en raison d’une grande manifestation qui se tenait au centre de la ville des travailleuses et travailleurs du métro [São Paulo est la plus grande ville du Brésil, elle compterait près de 22 millions d’habitant·e·s – soit plus de 10% de la population du pays – et s’étend sur 150 kilomètres; plus de 4 millions de personnes empruntent quotidiennement le métro]. D’autres manifestations de travailleurs de la métallurgie aux côtés du Mouvement des travailleurs sans toit (Movimento dos Trabalhadores Sem Teto MTST) et d’Ocupação Esperança (Mouvement occupation et espoir) ont bloqué les avenues des zones périphériques.

J’ai brièvement décrit le processus de mobilisations afin que chacun d’entre vous puisse comprendre le sentiment d’indignation et d’insatisfaction qui touche la population brésilienne. Cela à la veille d’une Coupe du Monde de football [qui se déroule entre le 12 juin et le 13 juillet]. C’est un fait étonnant si l’on sait que l’on dit qu’il y a deux choses sacrées pour un brésilien: le carnaval et le football. Nous avons déjà vécu cela au début de l’année, lors du carnaval. En cette période, les employé·e·s de la voirie, ceux et celles qui nettoient les rues et ramassent les déchets d’une ville, ont décidé de faire grève pour l’augmentation de leurs salaires. Il y a quelques années, personne n’aurait cru quelqu’un qui aurait dit que l’on connaîtrait des mobilisations au cours du carnaval ou durant une Coupe du Monde. C’est quelque chose que tout le monde aurait considéré comme inimaginable. Tous les clichés véhiculés à l’extérieur selon lequel le Brésil est un pays pauvre mais heureux, où l’on aime le carnaval, la danse et le football sont tombés.

Des manifestations de juin 2013 aux grèves de mai 2014

Les grandes manifestations de juin 2013 qui ont amené entre 100’000 et 200’000 personnes dans les rues des principales villes du pays. Il s’agissait de manifestations de la jeunesse, des pauvres mais aussi des secteurs les plus vulnérables de la «classe moyenne», s’y mêlait des jeunes de la périphérie urbaine et des jeunes travailleurs. Ils n’étaient pas organisés. Face à ces manifestations une question est apparue spontanément: que se passe-t-il au Brésil? Malgré les quelques changements réalisés par le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva [qui a cumulé deux mandats entre 2003 et 2011] pour les conditions de vie d’une couche de la population brésilienne [notamment au moyen d’aides sociales visant à scolariser des enfants], la questions demeure: comment améliorer les conditions de vie de toutes et tous? C’était là la principale question posée par les manifestant·e·s.

Ces manifestations se sont déroulées en dehors des structures syndicales. On pourrait comparer cela à ce qui s’est passé dans les processus de luttes du printemps arabe et le mouvement des indigné·e·s en Europe. Actuellement, nous nous trouvons dans une dynamique différentes de celle des manifestations de juin 2013. Le 15 mai, lors d’une manifestation appelée par l’Association nationale des étudiant·e·s libres [ANEL, membre de la centrale Conlutas-CSP], nous n’étions que 15’000 personnes à São Paulo. Là où l’année dernière nous étions 200’000. Mais il est important de dire que le processus de mobilisations en cours est beaucoup plus profond que celui de 2013, car aujourd’hui ce sont des secteurs organisés de la classe laborieuse et des mouvements sociaux qui entrent en lutte pour revendiquer des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail. Leur lutte implique un affrontement avec le patronat, le gouvernement et les directions des principaux syndicats.

Des mouvements qui débordent les directions syndicales

J’ai parlé auparavant de la grève des travailleurs de la voirie de Rio de Janeiro lors du carnaval. Cette grève a été menée avec le soutien d’un autre syndicat. En effet, le syndicat officiel des travailleurs souhaitait interrompre la grève. Les travailleurs voulaient poursuivre. Le gouvernement de l’Etat a licencié alors plus de 300 personnes et le syndicat a fait pression sur les travailleurs pour qu’ils cessent la grève et retournent au travail. Ces dernières s’y opposèrent, exigeant la poursuite de la grève. Les grévistes ont d’ailleurs été soutenus par la population. Ce qui a contraint le gouvernement à réintégrer ceux et celles qui avaient licenciés. Nous avons obtenu une victoire.

Lors de la grève des conducteurs des autobus de São Paulo, il y a une semaine, on a retrouvé les mêmes caractéristiques. Au Brésil, le renouvellement des contrats de travail est annuel. Les syndicats font ce que l’on appelle une «campagne salariale», une campagne pour le renouvellement des contrats. Lors de la dernière campagne, le syndicat des travailleurs des autobus a conduit une négociation qui a abouti à l’obtention d’une augmentation des salaires de 10%. Une assemblée des travailleurs avalisa l’accord. Le jour suivant, les travailleurs des transports arrivent à l’heure pour travailler. Que font-ils? Ils vont au parking des bus et prennent leurs véhicules. Jusqu’ici, rien que de très normal. C’est alors que dans les rues au lieu de laisser monter les premiers passagers, ils arrêtent leurs véhicules au milieu des grandes artères de la ville. A plusieurs endroits, on pouvait voir des files de bus de 500 mètres. Les travailleurs arrêtaient les bus puis repartaient. La ville s’est transformée en un chaos. Ceux qui avaient besoin des bus ne pouvaient pas les prendre, ceux qui prenaient leurs voitures étaient coincés et la circulation était paralysée.

Nous nous trouvons donc dans une configuration semblable: les revendications et les actions en faveur de meilleures conditions de travail débordent les directions syndicales qui, dans ce cas, avaient avalisé un accord avec le patronat par un vote en assemblé. L’entreprise a donc déclaré qu’il y avait un accord et que les travailleurs l’avaient accepté. En réalité, l’histoire est différente. Les travailleurs et travailleuses subissent des pressions. S’ils n’acceptaient pas cet accord, ils seraient alors poursuivis par le syndicat du patron. C’est ainsi qu’ils préfèrent ne rien dire. Mais lorsque les travailleurs vont dans la rue, là, il n’est plus possible de les arrêter!

Aux origines des luttes actuelles

La question centrale est de comprendre: comment est-on arrivé à cette situation? Comment l’abandon des luttes concrètes par les bureaucraties syndicales a-t-il ouvert un espace pour les mobilisations sociales? Ces questions s’enchâssent dans une autre interrogation: le rejet des politiques du Parti des travailleurs (PT). Ce parti, fondé au début des années 1980 dans le sillage des grandes grèves de 1978-80 des concentrations industrielles de la région de São Paulo, a été porteur d’un projet de transformation sociale au Brésil alors qu’il ne fait aujourd’hui que des concessions à la classe dominante. Au cours des dernières années, les privatisations se succèdent, les conditions de travail se précarisent, les salaires sont diminués, les budgets de la santé et de l’éducation sont restreints et les droits sociaux sont attaqués. Tout cela afin de favoriser les grandes entreprises. Je ne peux développer sur cet aspect, mais afin que vous compreniez, il est important de savoir que, d’un côté, le PT a implanté des mesures qui ont un impact sur la situation concrète de la population brésilienne. Par exemple, la bolsa familia. Cette bourse s’élève à 100 réais [40 CHF]. Au Brésil, cela fait une différence réelle sur ce que les 40 ou 50% les plus pauvres de la population peuvent manger au cours du mois. Le problème est que Lula, qui a été élu en 2002 avec l’espoir d’un changement beaucoup plus profond, a implanté ces «avantages sociaux» alors que, de l’autre, il favorisait par des mesures très concrètes une exploitation accrue des travailleurs. Par exemple, au cours des 8 ans de gouvernement Lula, le salaire minimum au Brésil a augmenté d’environ 60%. Sur la même période, les profits des grandes entreprises et des banques ont augmenté de 430%! Est-ce que vous arrivez à comprendre? Une petite concession pour une plus grande exploitation! C’est cette situation qui provoque un grand degré d’insatisfaction au sein de la population brésilienne. Le problème de la corruption, la faillite des politiques publiques et de l’éducation publique, le manque d’accès à des structures sanitaire de qualité, etc. ce sont des problèmes constants au Brésil.

Cette politique consiste en des attaques contre les travailleurs et en exigeant d’eux toujours plus de concessions. La croissance économique du Brésil, qui était vantée partout, a bénéficié à seulement quelques secteurs: l’industrie automobile, la construction et les grandes entreprises. Prenons l’exemple de l’automobile. Qu’a fait le gouvernement alors que l’industrie automobile se casse la figure en Europe et aux Etats-Unis? Le gouvernement utilise de l’argent public pour subventionner des crédits afin que des personnes qui ne peuvent s’offrir une voiture puissent s’en acheter une. Bien sûr, les travailleurs étaient contents, mais ce que personne ne comprenait c’est que l’argent public qui a été utilisé pour cette opération ne consistait pas en une garantie de ce que les travailleurs voient leurs salaires s’améliorer. La préoccupation première était d’aider et de maintenir les profits des entreprises des grandes transnationales de l’industrie automobile. Au cours des derniers 6 ans, l’industrie automobile du Brésil a bénéficié de 5 milliards d’exemption fiscale, année après année, quand il y a eu une baisse des ventes aux Etats-Unis et en Europe, les budgets brésiliens, au lieu de servir à l’éducation, la santé ou les transports étaient consacrés aux subventions visant à la vente d’automobiles. Cela n’a pas empêché la crise de l’industrie de l’automobile cela a réduit son impact. C’est l’un des facteurs qui a conduit au mécontentement. Cette politique n’a pas été appliquée seulement au Brésil mais dans tous les pays des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). La tendance à voir les BRIC comment connaissant une situation économique différente est fausse. Des politiques différentes ont été appliquées à des pays différents. Dans les pays centraux, des sites de production ont été fermé alors que dans les pays du BRIC, l’argent public a été utilisé pour garantir la vente d’automobiles. Il faut comprendre que la situation de l’économie internationale et ce qui se passe au Brésil, en Argentine, en Inde, en Chine, en Afrique du Sud participe du même mécanisme que la crise économique en Europe ou aux Etats-Unis. Maintenant la crise économique arrive au Brésil. Depuis un mois et demi, près de 10’000 travailleurs de l’industrie automobile ont été licenciés. La bulle formée grâce aux subventions publiques et aux exemptions fiscales en faveur des profits des entreprises transnationales va éclater [Grâce aux réductions fiscales dont bénéficient les constructeurs automobiles, les facilités de crédits à la consommation la production d’automobiles a augmenté massivement au Brésil (3,4 millions de véhicules privés ont été vendus en 2011) pour atteindre en 2010 la quatrième position, devant l’Allemagne, en nombre de véhicules produits. Entre 2002 et 2013 la flotte automobile brésilienne a plus que doublé pour atteindre près de 79 millions d’unités. Au cours de la même période, la fréquentation des autoroutes – privées – a augmenté de 56%. Cette situation pose d’importants problèmes d’infrastructures. En outre, les centres urbains sont congestionnés par le trafic routier alors que les transports publics sont chers et sous développés. Ainsi, le réseau du métro de São Paulo est de 74 kilomètres – à comparer au 224 kilomètres de celui de Mexico ou de 400 kilomètres de Londres – et fort peu d’investissements sont réalisés dans ce domaine. C’est là l’un des éléments qui expliquent les manifestations de juin 2013 en faveur de meilleurs transports publics et pour un accès gratuit].

Des standards FIFA pour les écoles et les hôpitaux!

Le gouvernement réalise actuellement que la situation économique brésilienne s’est détériorée. Il conclu donc qu’il faut réaliser des réformes fiscales, des ajustements. De quoi parle-t-il? De diminutions de salaire, de diminutions des pensions de retraites, etc. En juin 2013, lors de l’explosion sociale, nous ne savions pas ce qui allait arriver, nous savions seulement que les contradictions sociales apparaissaient au grand jour et que tôt ou tard de nouvelles explosions sociales allaient surgir. Nous ne retournerions plus à la situation antérieure, à une situation de «normalité».  Des luttes commencent à ce moment autour du prix des transports puis se généralise peu à peu autour de revendications générales et communes à de nombreux secteurs, mais de manière un peu éclatée: dans l’éducation, les soins, les transport. De nombreux aspects ont été soulevés mais c’est l’insatisfaction qui était au premier plan et qui s’est exprimée de manière organisée par les mobilisations et les luttes. Les mobilisations ont ensuite diminué en intensité mais les germes d’un changement sont apparus, les travailleurs et les mobilisations sociales étaient plus fortes, les résistances plus amples: des grèves et des mobilisations. Ce processus a commencé à s’éteindre lentement avant que de nouvelles mobilisations commencèrent à poindre à l’approche de la Coupe du monde. Aujourd’hui l’indignation est encore plus grande. La construction de stades flambants neufs, qui ont causé la mort de neufs ouvriers, pour des milliards de réais alors que la population exprime qu’elle voudrait que des standards de construction et de qualité identiques que ceux qu’imposent la FIFA soit appliqués pour les écoles, les dispensaires, les hôpitaux, pour les conditions salariales et de travail. C’est ainsi que la Coupe du monde facilite le processus de radicalisation pour deux raisons: d’un côté l’insatisfaction augmente lorsque les brésiliens confrontent les réalisations du gouvernement en faveur de cet événement et, de l’autre, par le fait que l’attention médiatique autour du Monde facilite l’information, que l’on parle de ce qui se passe ce qui encourage les ouvriers à prendre confiance à entrer en lutte.

C’est une opportunité formidable pour exposer la situation du pays. En montrant ce qui se passe, en partant de l’image d’un pays qui voue une adoration religieuse du football et dont la population est, aujourd’hui, divisée sur cet événement. Plus de la moitié de la population est contre la tenue de la Coupe. Dans le contexte du Brésil, c’est quelque chose d’impressionnant. Et l’autre moitié n’est pas opposée à un débat sur les revendications sociales.

Il faut savoir que le budget initial portait sur 8 milliards en faveur des investissements. Selon les données officielles, il atteint aujourd’hui 30 milliards. Le terme «officiel» est relatif au Brésil. Le gouvernement a prétendu que des investissements privés seraient mis à contribution pour la réalisation de la Coupe. 93% de l’investissement est d’origine publique. Par comparaison, en Afrique du Sud il s’agissait de 100% d’argent public. La FIFA a calculé et a prévu un bénéfice de 10 milliards. Adidas, l’un des partenaires de la Coupe du monde prévoit un bénéfice pour la vente d’articles sportifs atteignant 1 à 2 milliards.

Pour comprendre le degré d’exploitation, il faut sortir un peu du Brésil. Le ballon conçu spécialement pour la coupe du monde est vende 400 réais [160 CHF]. Savez-vous combien gagne un travailleur indonésien qui fabrique ces ballons? Plus ou moins 200 réais par mois [80 CHF]! Ce travailleur ne pourrait même pas jouer avec le ballon qu’il fabrique en y consacrant l’entier de son salaire mensuel. Il ne pourrait s’acheter qu’une moitié de ballon. Cela donne une idée du degré d’exploitation. Mais ce n’est pas que cela. Il faut saisir l’ensemble. C’est alors qu’entre en compte le gouvernement et sa politique.

Criminalisation des contestataires et lois d’exception pour assurer les bénéfices de la FIFA

Cette année, cela fera 50 ans que c’est déroulé le coup d’Etat militaire au Brésil. Nous sommes en ce moment en train à la fois de nous souvenir de ceux qui ont lutté contre la dictature et de lisser ce passé. Ce sont pour les mêmes raisons que l’on positionne aujourd’hui l’armée dans les rues pour «sécuriser» la Coupe du monde que le coup d’Etat de 1964 a eu lieu: pour garantir la coupe du monde pour garantir les profits des entreprises. On fait donc à nouveau appel à l’armée [selon le gouvernement brésilien 100’000 policiers et 57’000 soldats sont déployés pour «protéger» le Mondial. Tout cela pour un coût de 855 millions de dollars (764 millions de CHF), cinq fois plus que les 175 millions de dollars dépensés lors du précédent Mondial, en Afrique du Sud. Ces chiffres n’incluent pas les effectifs d’agents de sécurité privé, qui se comptent en milliers. Il n’est pas inutile d’indiquer, enfin, que la police brésilienne a tué 2000 personnes au cours de la seule année 2013, en majorité des jeunes Noirs].

Dans ce contexte sécuritaire et de garantie des profits de la FIFA et des entreprises partenaires, le gouvernement a tenté de criminaliser les manifestant·e·s en les faisant passer pour des terroristes. Une loi en ce sens était en préparation. Ils ont été obligés de reculer. Toutefois la criminalisation est bien réelle. Nous ne sommes pas des terroristes, mais nous avons plusieurs camarades poursuivis pour faire partie d’une «bande criminelle organisée», comme la mafia, alors qu’il s’agit d’étudiants de 18 ou 19 ans! La FIFA bénéficie d’une loi spéciale qui lui permet de ne payer aucun impôt. Il y a d’autres mesures de ce genre, certaines qui aboutissent à des situations ridicules. Certains Etats brésiliens interdisent la vente d’alcool dans les stades. Quel est le problème? L’un des partenaires de la FIFA, Budweiser, est une société qui vend des bières. Qu’a-t-on fait? La loi a été modifiée! La FIFA va pouvoir vendre de l’alcool dans les stades! D’un côté nous avons la criminalisation et de l’autre la levée de l’interdiction de la vente de bière! Ils ne se préoccupent pas du bonheur de la population, ils s’intéressent uniquement à ce que la FIFA et ses partenaires engrangent des bénéfices.

Ce serait une erreur terrible de ne pas voir que la Coupe du monde au Brésil ne fait pas partie intégrante de la politique internationale d’exploitation et de pillage des peuples. De nouveaux secteurs de l’économie, que l’on appelle l’industrie du divertissement –qui englobe le cinéma, la musique et le sport – . Avant, le sport avait son importance mais restait quelque chose de marginal. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Le football s’est transformé à l’instar des Jeux Olympiques et d’autres championnats mondiaux en un mécanisme impressionnant d’expropriation des ressources des pays. C’est ce qui se passe au Brésil c’est ce qui s’est passé en Afrique du Sud. Le contenu de la politique est exactement le même comme ce qui se passe en Europe, aux USA ou dans n’importe quelle partie du monde. Quel est ce contenu ? Argent, bénéfice, privatisation, multinationales et corruption. Et pour nous : coupes dans les retraites, coupes dans la santé, tout ce qui relève des acquis sociaux, là il n’y évidemment jamais assez d’argent. Pour chaque besoin exprimé par une multinationale ou la FIFA, il y a de l’argent public immédiatement investi. Dans cette situation, il y a aussi d’autres éléments à prendre en compte comme la corruption. Là il faut faire attention, il y a certains préjugés, que nous sommes un pays du tiers monde le plus corrompus. Moi je ne le suis pas. En fait cette corruption est menée par les centres de l’économie internationale. Je ne sais pas si vous suivez le dossier de la construction des trams à São Paolo et des dénonciations qui s’y rapportent. Cela est passé par la Suisse, c’est ainsi que cela a été découvert. Un véritable cartel (pas compris quelles entreprises) de nombreuses entreprises internationales ont convenu entre elles les prix et prévoyaient qui gagnerait quoi et ainsi les prix étaient très élevés. Pour que vous ayez une idée, le Ministère public au Brésil a demandé que ces entreprises rendent 2,5 milliards de reais et bien sûr les politiciens corrompus doivent payer aussi. Cela est un autre élément qui va s’ajouter et qui va augmenter l’indignation et la radicalisation. Le temps des conclusions est arrivé. Ce processus a une très grande importance car nous ne sommes pas en train de discuter la crise économique subie par l’Europe et les USA et la situation des BRIC comme deux choses distinctes mais cela relève d’une situation globale qui a la même dynamique, certes avec des différences, mais des différences mineures. Mais la logique reste la même : celle de s’approprier les droits du travail, les ressources environnementales, argent public. Les luttes et les résistances sont aussi parties d’un processus international. N’ayez pas de doutes sur le fait que les luttes au Brésil ont été énormément influencées par les luttes du printemps arabes ou les manifestations européennes. Au même moment, ce processus de recherche d’une nouvelle organisation, cette distance prise par rapport aux syndicats vieillissants corrompus ou privatisés qui sont parties de la mise en œuvre de cette politique c’est là aussi un autre aspect de ce processus qui n’est pas seulement présent au Brésil. Un autre pays qui une histoire similaire, l’Afrique du Sud, le principal syndicat du pays, le NUMSA (syndicat de métallurgie) est en ce moment en lutte contre le COSATU et en discussion avec l’ANC. Nous, au Brésil, nous avons eu le même processus social, avec des éléments différents, mais c’est le même processus. En Afrique du Sud cela a été créée par l’ANC, et aujourd’hui il y a un processus où on rediscute l’organisation. Aujourd’hui, plus que jamais, le problème de l’internationalisme se trouve être une nécessité pour résister et qu’il est nécessaire de manifester dans d’autres pays le 12 juin (jour du premier match de la coupe du monde). Il y a une erreur dans le tract. C’est marqué : manifestation de solidarité. C’est faux. La solidarité est partie de l’histoire. Le centre de la discussion c’est qu’au Brésil, il est reproduit la même politique que l’on rencontre dans tous les autres pays. Au-delà de la solidarité, le fait de débattre sur le thème de la coupe du monde au Brésil, c’est la possibilité de remettre en question les politiques menées de privatisation, d’accaparement de l’argent public, de remise en question des acquis sociaux, le manque d’argent dans l’éducation, dans la santé dans tous les autres pays ! C’est là où est notre combat. Deux grands débats doivent être ouverts. Le premier est le débat sur le programme. Pour la première fois depuis deux ou trois décennies, les discussions et les débats ne portent pas simplement sur l’un ou l’autre aspect, chaque pays qui se mobilise pour débattre d’une situation concrète comme le chômage, la situation de précarisation, le besoin de financement pour les politiques sociales, la fermeture d’entreprises, chaque thème ne doit pas être traité comme une revendication spécifique mais doit être comprise comme un tout, soit le modèle néolibéral et capitaliste qui est mis en œuvre. Ensuite, il y a une perspective d’un autre débat, d’une autre stratégie, d’une autre conception. Avec ce processus, il y a une autre question : comment organiser la mobilisation ? Démocratie ouvrière, participation de la base. L’organisation verticale, bureaucratique, permet-elle vraiment de défendre les droits de la population ? Nous sommes face à de grands défis, ici, au Brésil, en Afrique du Sud, en Indonésie, au Cambodge où il y a également des luttes de travailleurs, l’industrie automobile qui menace de licenciements au Brésil comme en Argentine. Il y a deux aspects. L’un est la résistance, la lutte concrète ne doit jamais oublier que la nécessité de la solidarité internationale et de l’unité pour défendre nos droits. Mais au-delà on peut partager l’expérience de chacun. Il existe des différences relatives à l’histoire, à la culture de chaque peuple de chaque pays et le mode d’organisation. Ces différences ne doivent pas nous conduire à oublier qu’il existe un fil conducteur, un même processus partout ainsi que dans les structures des syndicats. Les ouvriers se sentent complétement isolés et non-représentés. Et les mouvements de gauche ont la possibilité de discuter une autre conception du syndicalisme : un syndicalisme d’action, un syndicalisme de démocratie ouvrière avec participation où il n’y a pas de chef mais où la décision appartient aux travailleurs. Un syndicalisme capable de défendre une éducation quotidienne mais aussi de débattre d’une autre stratégie d’organisation sociale. Je vais devoir m’arrêter là mais c’est cette situation à laquelle il faut faire face. Ce n’est pas une simple invitation pour manifester le 12 juin. Parfois nous ne nous rendons pas compte que seulement quelques personne venant du Brésil faisant le tour du monde ont un impact réel et font connaître les luttes. Mais au-delà du problème de la manifestation du 12 juin, nous voulons beaucoup plus que ça, nous voulons voir comment nous nous rapprochons, comment les différentes expériences que nous vivons sont semblables, avec des différences bien sûr. Mais ensemble, nous qui défendons une autre conception, un mouvement de lutte, d’affrontement, et pas un mouvement de consensus, indépendance par rapport aux syndicats, patrons et partis politiques, prônant la démocratie, un mouvement qui soit capable de réunir non seulement les travailleurs mais aussi les retraités, les chômeurs, et capable d’intégrer les luttes contre l’oppression, qui intègre les questions de genre, de race, de xénophobie, la lutte contre l’homophobie. Tout cela fait partie du même processus. Nous ne pouvons imaginer que toutes ces questions soient des questions spécifiques ou particulières. Tout cela fait partie d’un projet commun. C’est pour cela que l’on essaie de parler de la Coupe du monde au Brésil comme partie intégrante du processus pour arriver à une transformation. Ce qui est clair c’est que la Coupe du monde n’est pas seulement un problème du business et de la corruption, nous discutons à un autre niveau, nous voulons que le sport soit autre chose, pas un simple négoce mais un moyen d’expression pour la population, ce n’est pas une question de spécialiste, bien sûr que c’est fantastique de voir un match de foot, (nom de joueur de foot que je ne connais pas) xxx joue bien mieux que moi, me semble-t-il. Nous ne voulons pas du sport actuel qui est un instrument d’aliénation internationalisé où des millions, des milliards de personnes sont des spectateurs de négoces, consommateurs pour que ces entreprises réalisent un profit. Le sport devrait être un élément de relations sociales. Nous voulons de la musique et non pas ces grands labels internationaux. Nous concevons la musique comme un moyen d’expression de chaque peuple, de chaque communauté. C’est là la perspective que nous avons. Que ce soit de la perspective de la coupe du monde, ou que ce soit d’une perspective plus générale. Je souhaite vous remercier de cette possibilité de pouvoir discuter avec vous et je m’excuse pour la durée de la conférence. Nous pouvons maintenant ouvrir le débat.

Discussion avec le public

La première question concernant le syndicat. Nous avons eu au Brésil, un processus très important à la fin des années 70 début 80.  Nous sommes sortis en 2004 et avons initié un débat d’une autre alternative exactement comme vous le décrivez. Au Brésil, il y a quelques décennies, ce qui a mené au processus de bureaucratisation, un processus qui a été progressive et qui a duré 10-15 ans comme vous avez pu l’observer au Salvador. Les syndicats ont abandonné la stratégie de la lutte et la défense des travailleurs, ils se sont transformés ainsi en partie intégrante de la mise en place de la politique actuelle. Nous avons fait un appel à tous les syndicats pour nous rejoindre dans ce débat/processus. Mais ce débat s’est éloigné. Les syndicats n’ont pas réussi à dire que le problème n’existe pas, mais l’argument mis en avant par les syndicats est que la Coupe du monde est une opportunité pour la création d’emplois. C’est la même logique que met en avant le gouvernement. Nous arrivons à une situation de perte d’autonomie complète de ces structures syndicales face au gouvernement. Et cela ne concerne pas seulement la Coupe de monde. Par exemple, j’ai parlé des licenciements dans l’industrie automobile. Dans ce contexte, la CUT (centrale unique de travailleurs) a préparé un projet pour baisser le coût du travail. Le rôle d’un syndicat n’est pas de questionner la productivité des travailleurs, c’est le contraire. Cela ne concerne pas que la CUT cela concerne d’autres syndicats/centrales qui ont la même logique. Nous avons tout un secteur qui s’est organisé en dehors de ces structures, des mouvements sociaux, des mouvements populaires, d’autres syndicats qui ne sont pas parties de ces structures. Il y a des processus de ruptures à l’intérieur de la CUT. Des secteurs qui débattent de leur participation ou d’intégration à la CUT. — Bien sûr, le championnat alternatif est extrêmement intéressant. Déjà parce que le Brésil a connu cela avant, c’était l’expression du quotidien où chaque communauté jouait mais avec les années cela s’est inversé, il n’y a plus d’espace pour lui. Il y a aujourd’hui des tentatives de retrouver ce football-là. Mais les mouvements qui tentent de le lancer sont trop inabouti qu’ils ne répondent pas aux attentes. – Le processus de lutte maintenant et après. Ce n’est pas complétement clair encore. Ce qui est clair c’est que le changement est là mais on n’assiste plus à des manifestations comme celles de l’année passée avec des milliers de personnes. Mais il y a tout de même des grèves très fortes qui ont lieu en ce moment. Qu’allons-nous faire ? Nous allons participer aux luttes concrètes, des grèves, des mobilisations, en aidant à les organiser ainsi que le lancement de manifestations de rue. Que va-t-il se passer ? Cela peut se maintenir de cette manière. Ou cela peut aussi mener à de nouvelles grandes manifestations de rue. Cela est possible. Je parle là du Brésil. Ou de l’Afrique du Sud. En tout cas d’un pays comme cela. Si le Brésil est disqualifié au milieu du mondial, avant les demi-finales, comment cela peut-il influer sur les consciences ? L’expérience que nous avons c’est que nous ne créons pas les mobilisations, elles se créent à la suite de contradictions et elles arrivent spontanément. Pensez à Mohamed Bouazizi qui s’est immolé en Tunisie a été le déclencheur du printemps arabe. Mais il n’avait aucune idée de ce qu’il allait provoquer. Combien avant lui sont morts dans le même contexte ? C’est une question de moment réunissant les insatisfactions accumulées. La crise économique internationale apportent une combinaison de facteurs qui fait que à ce moment précis se produit une explosion sociale. Nous travaillons pour organiser les grèves et les mobilisations ainsi que des appels aux manifestations et voir comment le processus évolue. En ce qui concerne l’après. Ce processus ne s’arrêtera pas là, quoi qu’il arrive au mondial. Il y a eu un changement de la situation générale au Brésil, c’est clair. La classe des travailleurs et les mouvements sociaux sont beaucoup plus confiants et ont de la force pour lutter. En parallèle il y a de nouvelles formes d’organisation. Nous n’avons aucun doute que ce processus va se poursuivre, même si, comme tout processus de lutte des classes, selon les moments il est plus ou moins radicalisé ou peuvent entrer dans des moments d’apparente accalmie. Prenons exemple avec notre expérience au Brésil avec la fondation de la CUT et la lutte contre la dictature. Nous sommes arrivés avec les premières grèves qui éclatent en 1978 jusque en 1980 où ils connaissent une défaite et arrive une récession internationale. En 1980 à 1983, il n’y avait pratiquement plus de luttes à cause des licenciements, de la récession. Ce qui est très intéressant c’est que tant qu’il n’y avait pas de lutte d’en bas, les mouvements comme la CUT qui a été fondée en 1983 vont servir à mettre en place les instruments pendant le temps d’accalmie qui ont servi pendant la décennie 80 à 90. Nous n’avons donc pas de doute sur l’évolution. Ce qui n’est pas clair c’est le rythme de ces luttes. – La question suivante est de quelles expériences je parle ? Nous avons travaillé dans deux directions. La première est celle des luttes, cherchant un partage. Par exemple maintenant, le 8, 9 et 11 août nous allons faire une rencontre autour de l’éducation au Brésil avec différents syndicats de l’éducation. Nous allons réunir entre 2500 et 3000 travailleurs et étudiants de l’éducation du pays. Cela parlera des luttes au Brésil et il y a aura une réunion le 11 avec des délégations internationales qui seront présentes pour discuter d’une campagne internationale de défense de l’éducation publique car le modèle entrepreneurial est en train de toucher le secteur de l’éducation chaque délégation témoignera du processus en cours dans son système éducatif. Nous pensons qu’il est possible de coordonner une action commune. Nous avons aussi fait une rencontre à Paris en mars de l’année passée, nous avons réuni 60 à 70 organisations d’environ 30 pays différents. Il y avait parmi ces organisations des syndicats. Nous trouvons que ce genre de colloque est très important. Nous souhaitons créer un réseau international de solidarité et de lutte qui part de cette conception qu’il y a des différences entre les communautés ou pays mais avec des conceptions communes démocratie, indépendance etc… C’est ce genre de processus dans lequel nous souhaitons échanger. Nous ne posons aucune condition d’affiliation. La seule condition est qu’ils luttent de notre côté. Par exemple, en Afrique du Sud, ce serait ceux qui ont défendu la grève des travailleurs. Nous souhaitons des débats, des échanges, mais aussi de l’action concrète. – En Amérique latine, nous avons le même processus, il y a des relations avec des secteurs de gauche. La difficulté est que ce processus de bureaucratisation, comme par exemple en …. Où sont morts des …. (désolé je n’ai pas compris). En Argentine, il y a la situation de division qui existe entre la CGT et les problèmes internes ainsi que la relation avec la CPA qui ont eu aussi des mobilisations sociales. Du point de vue de la jeunesse, il y a eu les mobilisations au Chili ou encore au Québec. Ce tous des processus qui vont dans le même sens. Il faudrait connecter ces processus. Nous essayons cela en Amérique latine. Nous souhaiterions donner plus de temps à ce projet. Mais nous n’avons pas de syndicats ou de processus si organisé. L’exemple du Chili ou le processus du Pérou sont des processus d’intégration. Nous essayons de voir si quelque chose qui nous ressemble émerge et nous mettrons en place une organisation de solidarité. – Je commence par les médias. Il n’y a pratiquement pas de système public de télévision ou d’autres médias de communication. Tout est privé et c’est contrôlé par des familles dont la plupart ont été formées durant le processus de dictature militaire. Les seuls secteurs qui ont réussi à se créer une place, ce sont les évangéliques. Cette semaine par exemple, avec la grève des conducteurs, le traitement par les médias a été impressionnant. On ne fait que parler d’affrontements, de violence. Si une mobilisation de 20’000 personnes est organisée et qu’il y a des dégâts. La seule chose que retiendront les médias ce sera ces images de portes de banques fracturées. – En ce qui concerne l’impact des processus de luttes au Portugal et en Espagne sur les luttes se déroulant au Brésil. De manière général, l’impact est très fort. Mais non parce qu’il s’agit de ces deux pays spécifiquement, même si les relations ont un certain poids mais ce qui a le plus d’impact au Brésil est la situation générale des processus de révolution du monde arabe, le processus des luttes en Europe. Dans ce contexte-là, la situation en Espagne et au Portugal a une incidence. Mais l’histoire n’a pas d’impact sur le contexte actuel. Cela n’a pas plus de poids que d’autres luttes. – Le problème des secteurs qui sont en mobilisations. De nombreux secteurs participent aux mobilisations. Nous avons assisté une vague de mobilisations. En juin dernier, énormément de travailleurs ont été en grève, surtout dans la construction civile. Récemment il y a eu une grève de près de 18’000 travailleurs de la construction civile qui travaillent près de São Paolo dans un chantier de la PETROBRAS. Une grève forte et radicalisée. Mais l’année passée, il était impressionnant de voir comment ces mouvements se sont essoufflés. Après la grève des travailleurs du nettoyage à Rio de Janeiro, la grève s’est généralisée au niveau national dans le secteur du nettoyage. En ce moment, c’est le secteur du transport et de l’éducation nationale qui se généralise. Il y a une grève des fonctionnaires publicos et des universités fédérales. Mais le processus de grève des travailleurs du secteur du transport est très fort. Il est présent à Rio de Janeiro, Porto Alegre, São Paolo, dans d’autres villes comme São Luis, Salvador. Ce processus va également se généraliser. Cela va donc toucher un secteur régional et va se répandre dans tout le pays. Il y a eu ainsi de petites victoires. – La question des autres mouvements. Il n’y a pas finalement de grands mouvements. Mais il y a un débat politique. Mais, les mouvements populaires dans les villes concernant les sans terres ou le logement sont influencé par le programme de la coupe du monde. Les grands chantiers entrepris, les stades par exemple ne vont pas améliorer les infrastructures pour la population. La conséquence de c’est le déplacement de 250’000 à 300’000 personnes à travers le pays. Là où les stades sont construits, il s’agit en réalité de tout un projet de spéculation immobilière. La population a été réprimée puis expulsée. Cela a touché 250’000 personnes. Ce que nous essayons de faire c’est de coordonner les actions avec toutes les difficultés que cela comprend. On fait une tentative de création d’un espace de solidarité créatif. Avec la CUT, des syndicats indépendants et d’autres mouvements populaires, nous essayons de nous réunir. Nous avons réuni en mars 2500 à 3000 activistes pour discuter le processus de lutte. C’est de cette manière que l’on essaie de se coordonner. Mais ce n’est pas encore consolider et il y a des secteurs qui s’organisent de façon différente. Pour le 12 juin par exemple, nous essayons de créer une unité en respectant la diversité de chaque mouvement.

(Intervention de Dirceu Travesso, Lausanne, le 27 mai 2014, traduit du portugais par le Cercle La brèche).