Catégories
Crise économique Espagne

Des mesures d’austérité qui remettent en cause le droit à l’éducation en Espagne

Plusieurs manifestations massives contre l’austérité se sont déroulées en Espagne

Le 22 mai 2012, une nouvelle journée de grève nationale a touché le secteur de l’éducation en Espagne. Les syndicats des enseignants et des étudiants ont appelé à manifester contre les coupures budgétaires qui remettent en question la qualité et la gratuité de l’enseignement public. Ces revendications sont exprimées dans un contexte de contre-réformes néolibérales extrêmement douloureuses pour des millions d’Espagnols. Sous l’euphémisme de « plans d’ajustements », le gouvernement de Mariano Rajoy ne donne plus aucun véritable avenir à la jeunesse, alors qu’il s’agit de sauver les banques espagnoles et, avec elles, le système financier européen.

Les premiers plans d’austérité viblant le budget de l’éducation ont vu le jour en 2010 sous l’égide du gouvernement social-démocrate de José Zapatero, l’un des nombreux promoteurs de l’austérité en Europe. La réduction généralisée du salaire des enseignants, les licenciements massifs et la suppression des programmes de soutien scolaire ont constitué le premier acte des « thérapies de chocs » appliquées au système éducatif. Au début de l’année 2012, peu après la prise du pouvoir du premier ministre conservateur Mariano Rajoy, les coupures budgétaires s’élevaient déjà à 3,4 milliards d’euros.

Ce nouveau gouvernement du parti populaire (PP) a récemment déclaré de vouloir réduire de 10 milliards le budget social du gouvernement : 3 milliards dans le domaine de l’éducation et 7 milliards dans celui de la santé publique. Peut-on douter des conséquences sociales d’une telle mesure ? Même si le gouvernement déclare en toute sérénité que la qualité de l’enseignement ne baissera pas, il est évident que ces coupures budgétaires renforceront la tendance à créer un système éducatif à deux vitesses avec, d’un côté, un enseignement privé de bonne qualité, dont l’accès est à la portée seulement de la minorité la plus riche ; et, de l’autre côté, un enseignement public de mauvaise qualité. En effet, selon les estimations du Parti socialiste (PSOE), 40’000 enseignants, voir 80’000 pour les syndicats, seront mis à la porte.

Quant aux enseignants qui continueront à travailler, ils seront confrontés à une dégradation croissante de leurs conditions de travail. Pour un emploi à plein temps (37,5 heures hebdomadaires à 100%), les enseignants devront désormais consacrer deux heures supplémentaires aux cours, au détriment du temps consacré à la préparation. Cette exigence est couplée par une mesure visant à augmenter le nombre d’élèves par classe. Dans les écoles primaires, il y aura désormais 30 enfants par enseignant, dans le secondaire le nombre augmentera à 36 et au lycée les classes compteront désormais entre 42 et 46 élèves ! Même le parlement européen a récemment exprimé ses inquiétudes quant à l’impact négatif de ces mesures, notamment en ce qui concerne le taux de chômage des jeunes (qui atteint un niveau record en Europe, soit 55,5%).[1]

L’autre pilier des mesures d’austérité dans l’éducation publique porte sur l’augmentation des taxes universitaires. Chaque établissement pourra augmenter les taxes d’inscription jusqu’à 540 euros par année – une augmentation de 50% pour une moyenne annuelle de 1000 euros de taxes actuellement. Pour les étudiants qui redoublent une année, les taxes augmenteront entre 30% et 40%. Ce taux augmentera à un tel point que l’étudiant devra payer même l’intégrité des frais d’études.

Le climat politique est tel que la présidente de la communauté autonome de Madrid, Esperanza Aguirre, se permet d’évoquer l’instauration de taxes même pour le lycée et le formation professionnelle. Car, après tout, l’école n’est obligatoire que jusqu’à 16 ans…[2].

Ces mesures, qui ont pour effet d’appauvrir et de marginaliser les familles des salariés, ne se limitent pas à un seul pays. Elles s’insèrent dans un vaste contexte global de contre-réformes néolibérales qui bouleversent nos sociétés et qui risquent de remettre en cause plusieurs droits sociaux que l’on considérait acquis, tel que le droit à une éducation publique gratuite et de qualité.

(Le Cercle La brèche)