Histoire

Les prémices de la Commune de 1871

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Une fonderie de plomb. « On procéda immédiatement à la jouissance des ateliers abandonnés pour les sociétés de travail. »

L’insurrection de la Garde nationale et du peuple de Paris le 18 mars est une étape importante dans un processus de contestation du pouvoir, le saut se faisant, comme souvent dans les processus révolutionnaires, à l’occasion d’une crise politique provoquée par la défaite de la France dans la guerre contre la Prusse.

Le coup d’État du 2 décembre 1851, permet à Louis-Napoléon Bonaparte de rester président, en violation totale de la Constitution de 1848. La résistance est farouche et des barricades se dressent à Paris. Dans certaines villes de province, il y a des manifestations. Mais la répression contre les Républicains est féroce et fait plusieurs centaines de morts rien qu’à Paris. En France, ce sont 27 000 républicainEs qui sont arrêtéEs et inculpéEs.

Le 2 décembre 1852, un plébiscite établit le Second Empire et Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III. Deux ans auparavant, les listes électorales avaient été purgées d’un tiers des électeurs, essentiellement des travailleurs et des petits artisans, des républicains et des socialistes.

L’Empire s’installe comme régime en France durant 19 années.

Le tournant de la guerre

Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre à la Prusse. Et après quelques semaines de combats, le régime napoléonien, défait militairement, s’effondre.

Le 4 septembre, le peuple rassemblé par dizaines de milliers place de la Concorde veut la déchéance de Bonaparte et la proclamation de la République. Certains politiciens bourgeois, comme Thiers ou Trochu auraient préféré instaurer une monarchie parlementaire mais, par peur de voir la plèbe et les « rouges » proclamer la République sociale, ils s’allient aux républicains modérés comme Gambetta et proclament la République. Le nouveau gouvernement de « Défense nationale » est désigné par la bourgeoisie sur le chaos généré par la chute de l’Empire. À sa tête, il y a le général Trochu. Les « Rouges » en sont écartés.

Pendant ce temps, la guerre continue et, le 18 septembre, le siège de Paris par les prussiens commence pour 5 mois. La situation devient vite critique : en plus des bombardements que subissent la population civile, les pénuries de nourriture arrivent vite, mais aussi celles de charbon et de bois de chauffage alors que l’hiver est très rigoureux. Victor Hugo écrira dans Choses vues : « Ce n’est même plus du cheval que nous mangeons. C’est peut-être du chien ? C’est peut-être du rat ? Je commence à avoir des maux d’estomac. Nous mangeons de l’inconnu. »

La grande majorité des travailleurs n’ont plus de travail car l’activité économique s’est presque arrêtée alors que le prix des denrées alimentaires explose. Et l’introduction de carnets de rationnement ne changera pas réellement les choses.

Pendant que la bourgeoisie se nourrit des animaux du Jardin des plantes, antilopes, chameaux et éléphants, les plus pauvres doivent se contenter d’un pain noir de composition inconnue et dont même les poules ne veulent pas, selon Victor Hugo. Beaucoup meurent de faim, de froid ou de maladies dues au mélange des deux.

Vers le soulèvement

Forts de leur victoire, les prussiens et leurs alliés proclament la naissance de l’Empire allemand dans la Galerie des glaces de Versailles le 18 janvier 1871.

Après avoir soutenu Napoléon III et participé à l’échec de la « défense nationale » contre l’armée allemande, la bourgeoisie est entrée en négociation avec l’envahisseur, dès le 30 octobre par l’entremise d’Adolphe Thiers. À cette époque déjà, la population de Paris se sentant trahie, s’était soulevée et avait tentée d’installer la Commune. Et le 22 janvier, les rumeurs de capitulation sont de plus en plus fortes. Les parisiens se soulèvent de nouveau pour dénoncer la trahison de Thiers. Une nouvelle fois, la répression est sanglante. Les pourparlers aboutissent et la capitulation est signée le 28 janvier. La France perd des territoires comme l’Alsace-Lorraine et sa population devra payer 200 millions d’euros d’amende ainsi que 5 milliards de francs de réparation de guerre.

Aux législatives du 8 février 1871, les monarchistes remportent les élections et Adolphe Thiers est élu chef de l’État et du gouvernement. Le parlement s’installe à Versailles. Mais les conditions de capitulation négociées par ce dernier, la volonté de désarmer le peuple de Paris, la suppression de la solde des gardes nationaux et la peur de voir Thiers et ses amis réinstaller une monarchie poussent les parisiens vers l’insurrection.

Les 8 mars et 16 mars 1871, par deux fois les soldats versaillais tentent de prendre les nombreux canons encore aux mains des parisiens. Deux jours plus tard, une troisième tentative met le feu aux poudres à Paris. La Commune commence.

Publié dans le numéro 122 de « L’Anticapitaliste » de janvier 2020.

Chronologie sommaire de la Commune

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Les canons de Montmartre, gardés par des Fédérés.

18 mars 1871 : Troisième tentative pour désarmer Paris. Insurrection de la Garde Nationale et de la population ouvrière. Fraternisation des troupes. Deux généraux sont fusillés.

Mouvement de panique : le gouvernement, la police, l’armée, les classes riches, la pègre, abandonnent Paris pour se réfugier à Versailles. Paris est aux mains des travailleurs.

19 mars : Malgré l’opposition des maires, le Comité central de la Garde Nationale annonce les élections pour la Commune, et déclare la levée de l’État de Siège.

20-22 mars : Manifestations à Paris des « amis de l’ordre », dispersées par la force.

22-25 mars : Commune à Lyon.

24 mars : Commune à Narbonne.

24-27 mars : Commune à Toulouse.

24-28 mars : Commune à Saint-Etienne.

26 mars : Commune au Creusot.

Les élections pour la Commune de Paris, acceptées par les maires, se déroulent dans le calme. Majorité pour les « communards ».

28 mars : PROCLAMATION DE LA COMMUNE.

Le Comité central de la Garde Nationale se retire en sa faveur, mais garde ses pouvoirs militaires. Première mesure : abolition de la « police des mœurs ».

30 mars : La Commune décrète la remise des loyers échus pendant la guerre, la suppression de la police et de l’armée permanente, la généralisation de la Garde Nationale, confirme dans leurs fonctions les étrangers élus le 26.

1 avril : Le salaire maximum des fonctionnaires de la Commune est fixé à 6 000 F par an.

2 avril : Décret sur la séparation de l’Église et de l’État, et la socialisation des biens du clergé. Première attaque de l’armée versaillaise reconstituée contre Paris.

3 avril : Échec des opérations militaires de la Commune contre Versailles. Massacre des prisonniers communards par les Versaillais.

4 avril : Écrasement sanglant de la Commune de Marseille.

5 avril : Décret de la Commune sur les otages.

10 avril : Derniers échecs des « conciliateurs » entre Paris et Versailles.

16 avril : Décret de la Commune sur la reprise des ateliers abandonnés par les associations ouvrières. Élections complémentaires à la Commune.

19 avril : Déclaration au peuple français (programme de la Commune).

20 avril : Abolition des bureaux de placements, suppression du travail de nuit dans les boulangeries. Interdiction des Monts de Piété.

23 avril : Thiers ayant reconstitué une armée suffisamment puissante rompt définitivement tous pourparlers avec la Commune.

30 avril : Élections municipales précipitées en province : majorité républicaine.

1er mai : Contre l’avis d’une minorité de ses membres, la Commune crée un Comité de Salut Public.

2 mai : Abolition du serment politique et du serment professionnel.

5 mai : Alors que les Versaillais serrent Paris de plus en plus près, la Commune et le Comité central de la Garde Nationale se disputent la direction militaire.

8 mai : Ultimatum de Thiers aux Parisiens.

9 mai : La Commune bloque toute hausse du prix du pain.

Les Versaillais s’emparent du Fort d’Issy.

10 mai : Le gouvernement signe précipitamment la paix avec l’Empire allemand.

14 mai : Le fort de Vanves est occupé par les Versaillais.

21 mai : L’armée versaillaise pénètre dans Paris.

21-28 mai : Semaine Sanglante et derniers combats de la Commune. Incendie de Paris. Exécutions en masse (le gouvernement avouera 17 000 exécutions, les rescapés disent 100 000, après que tout combat eut cessé).

Publié dans le numéro 122 de « L’Anticapitaliste » de janvier 2020.

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