Europe

L’État espagnol, un État «démophobique»

CARME FORCADELL Présidente du Parlement de Catalogne de 2015 à 2017.

Trois ans, jour pour jour, après le référendum d’autodétermination de la Catalogne, non reconnu par Madrid, Carme Forcadell – ex-présidente du Parlement de Catalogne, aujourd’hui incarcérée pour sédition – lance un appel au gouvernement espagnol pour en finir avec le « procès généralisé contre l’indépendantisme ». « Je n’ai commis aucun crime. Je suis innocente, comme mes camarades prisonniers politiques, et ni la prison ni l’exil ne changeront nos convictions républicaines et indépendantistes ».

Le 1er octobre est une journée de sentiments controversés pour beaucoup de catalans et de catalanes. De joie mais aussi de tristesse, d’illusions, de satisfactions mais aussi de rage et d’impuissance. Une journée qui marquera à jamais nos mémoires. Il y a trois ans, en Catalogne, nous avons vécu une journée historique : nous avons organisé le référendum que l’État espagnol nous avait refusé. Ce jour-là, nous nous sommes revendiqué en tant que peuple.

Dès 2010, l’État espagnol a ignoré toutes les demandes que la majorité sociale et politique catalane réclamait pour organiser un référendum d’autodétermination, en renonçant au dialogue politique comme moyen de résolution du conflit entre la Catalogne et l’Espagne. Mais le 1er octobre 2017, tout est allé plus loin.

Après des décennies à demander une solution politique, après des décennies de manifestations de masse pacifiques, d’élections avec une hausse exponentielle de l’indépendantisme – obtenant une nette majorité parlementaire en Catalogne, l’État espagnol a agi comme un état « démophobique » du XIXème siècle. Il a utilisé la répression, la violence, les coups de matraques et les balles en caoutchouc contre des citoyens et citoyennes qui votaient pacifiquement. Il a agi, non pas comme un État de l’Union Européenne, mais comme une dictature tiers-mondiste.

Jamais nous n’aurions imaginé ce qu’on a vu. Il y a un avant et un après 1er octobre.

Dès lors, la répression, la violation des droits et libertés démocratiques et l’abus de pouvoir de l’État espagnol contre le mouvement indépendantiste n’ont cessé. Des centaines d’accusé(e)s, élu(e)s et manifestant(e)s mis en examen, des camarades en attente de leur procès et de leur verdict, des personnes exilées, des prisonniers et prisonnières politiques, dont je fais partie.

Je suis en prison, accusée de rébellion et condamnée à une peine ferme de 11 ans et demi de prison pour sédition. Mais je n’ai commis aucun crime. Je suis innocente. J’ai toujours défendu le pacifisme et la démocratie et j’ai agi, en tant que présidente du Parlement de Catalogne, en défense de la souveraineté du Parlement, du bien commun, de la liberté d’expression et du droit de représentation politique.

Je suis innocente, comme mes camarades prisonniers politiques, exilé(e)s, nous sommes innocents(e)s, et ni la prison ni l’exil ne changeront nos convictions républicaines et indépendantistes. Nous sommes innocents(e)s, et face à cette injustice, nous ferons appel devant les tribunaux européens et internationaux.

 Malgré la répression, nous continuerons de brandir l’étendard du dialogue et de la négociation.

Le conflit entre la Catalogne et l’État espagnol est un conflit politique et en tant que tel, doit être résolu par la voie politique, le dialogue, la négociation et la démocratie, en votant.

C’est pour cela que je fais appel au gouvernement espagnol car c’est à lui de prouver sa volonté à sortir de ce conflit ancré et démontrer ainsi qu’il est bien le gouvernement le plus progressiste de l’histoire d’Espagne. Je lance un appel à ce gouvernement pour voter une loi d’amnistie politique pour en finir avec le procès généralisé contre l’indépendantisme.

C’est la seule réponse antirépressive qui peut y mettre fin, la seule réponse pour remettre l’État espagnol sur la voie d’un état du XXIème siècle, la seule réponse pour sauver l’État espagnol du ridicule judiciaire dont il fera l’objet lorsque nos condamnations arriveront aux instances européennes et internationales.

Carme Forcadell i Lluís, Présidente du Parlement de Catalogne (2015-2017)

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Publié sur le blog de Carmen Forcadell le 1er octobre 2020.

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