Asie/Santé

Nouvelle souche « plus difficile à détecter ». Vers une deuxième vague de coronavirus en Chine ?

Joachim Valente

Alors que la Chine semble avoir emporté une première bataille décisive contre le covid-19, et que le symbole de la ville de Wuhan délivrée du confinement depuis le début du mois a marqué un tournant, l’épidémie n’est pas endiguée et certaines provinces connaissent une recrudescence des cas.

Au Nord-Est du pays, la province de Heilongjiang, frontalière avec la Russie, et notamment sa capitale, Harbin, a vu l’apparition de nouveaux cas de Covid-19. En cause, selon les autorités, le retour des habitants bloqués en Russie. Cette ville de près de 11 millions d’habitants a connu des conditions de confinement strict, semblables à celles mises en place à Wuhan, qui se sont progressivement relâchées à partir de la mi-mars. Depuis, avec l’apparition de nouveaux cas au courant du mois d’avril, les autorités ont rétabli ces mesures et notamment une quarantaine stricte pour une durée d’un mois en fermant d’abord, il y a une dizaine de jours, les centres commerciaux et en repoussant la réouverture des écoles. Sur les 921 cas recensés depuis le début de l’épidémie, plus d’un tiers aurait été « importé ». La proximité de la frontière avec la Russie est un facteur d’explication (un étudiant de retour de New-York aurait aussi contaminé plusieurs personnes), mais les contaminations viennent aussi d’autres régions chinoises contaminées ou bien même de contaminations locales. La province de Guangdong figure ainsi parmi celles qui connaissent une hausse du nombre de cas.

L’entrée de la métropole de Harbin est désormais contrôlée, tout comme l’accès à certains quartiers résidentiels. Les personnes extérieures à la ville doivent se soumettre à plusieurs batteries de tests, notamment dans les gares et l’aéroport, et sont interdites d’accès à certains quartiers. L’accès à certains lieux de la ville n’est possible qu’avec un masque et suite à un contrôle de température. La frontière terrestre avec la Russie, que jouxte la ville désormais confinée de Suifenhe, est fermée.

La ville de Wuhan, épicentre de l’épidémie, a rouvert le 8 avril mais la crainte d’une deuxième vague reste importante. Le spectre d’un nouveau confinement inquiète tant les populations, que les capitalistes qui espèrent en finissant le confinement au plus vite (parfois au mépris de toute considération sanitaire) prendre un avantage certain sur leurs concurrents grâce à leur relance de leurs activités. D’autant que sur fond de croissantes rivalités entre les grandes puissances de ce monde, le récit de la lutte et du succès de celle-ci contre le virus tient une place importante avec de véritables tactiques de « guerre morale » menée par les différents chefs d’Etat pour rejeter la faute de la contamination, qui sur la Chine et son régime, sur Trump et les Américains, ou encore sur les Noirs. Aussi l’image d’un pays qui serait un nouveau point de départ pour l’épidémie, serait catastrophique.

L’ensemble de ces raisons expliquent aussi la surenchère sécuritaire et autoritaire des Etats (que l’on retrouve dans la plupart des pays) qui s’exprime encore en Chine avec la perspective de récompenses financières pour les citoyens chinois qui aideraient à la capture de personnes en provenance de l’étranger, rentrées clandestinement à Harbin. Suite à cette recrudescence récente de cas, une dizaine de hauts fonctionnaires politiques et sanitaires de la ville de Harbin et de la province de Heilongjiang ont été limogés pour leur « laxisme ».

Plusieurs pays asiatiques font face, après une vague qui les a touchés de manière plus précoce par rapport aux pays occidentaux qui commencent tout juste à apercevoir une baisse des contaminations, à une remontée des cas. Le cas le plus frappant étant celui de Singapour qui, ayant jugé superflu de se préoccuper de la vie des travailleurs migrants, a vu les cas multipliés par 10 pour atteindre 1420 nouveaux cas depuis deux semaines. Le Japon (qui a dû rétropédaler sur la réouverture des écoles), la Malaisie, la Thaïlande et donc la Chine se trouvent dans des cas similaires bien que de moindre envergure. Ainsi, les scientifiques questionnent la notion de seconde vague, certains y voyant plutôt une continuité ou un approfondissement d’une première phase, non close. Pour autant, Yang Zhanqiu, un virologue chinois, cité par La Croix, prévient : « Cette propagation doit être prise très au sérieux. Elle nous révèle de nouvelles caractéristiques du virus qui le rendraient encore plus difficile à détecter. » Le virus n’en est pas à sa première mutation, ce sont des souches différentes qui ont touché les Etats-Unis et l’Australie et l’Europe occidentale ou la Chine. Les mutations sont inévitables avec un tel virus, la question étant de savoir si celle-ci ralentit la recherche d’un vaccin comme dans le cas de la grippe (il n’existe pas un vaccin pour toutes les formes de grippe) ou si un vaccin unique pourrait être trouvé comme pour la rougeole.

Publié sur le site « Révolution Permanente » le 25 avril 2020

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