Argentine/Santé

Argentine. Une usine sous contrôle ouvrier se lance dans la production de masques et de blouses Argentine. Une usine sous contrôle ouvrier se lance dans la production de masques et de blouses

Pendant que les patrons licencient, suspendent et baissent les salaires, les ouvrières du textile de la coopérative Traful Newen, en Patagonie argentine, reconvertissent leur production pour fabriquer des masques et créent de nouveaux emplois. Un exemple à suivre en France et dans le monde entier, qui montre que ce sont les travailleurs (et non l’Etat et le patronat) qui ont les solutions pour en finir avec la crise sanitaire et économique.

Flo Balletti

L’usine d’imprimerie Madygraf, dans la banlieue nord de Buenos Aires, sous contrôle ouvrier depuis cinq ans, n’est pas la seule à avoir reconverti sa production (pour produire masques et gel hydroalcoolique) pour faire face à la pandémie de coronavirus. En pleine urgence sanitaire, les ouvrières du textile de la coopérative Traful Newen, ont reconverti la production pour fabriquer masques et blouses pour le personnel de santé de la province de Neuquén (Patagonie argentine). Un exemple que que toute l’industrie textile devrait suivre en Argentine mais aussi en France pour produire massivement des masques qui manquent encore au personnel soignant.

Fin mars, les travailleuses du textile de Neuquén ont signé un accord avec le ministère de la santé de Neuquén pour fournir des masques aux hôpitaux et aux centres de santé de la province. « Nous sommes en mesure de commencer à produire plus de 200 000 masques pour le système de santé provincial », ont-elles annoncé.

« Face à la pandémie que nous connaissons, l’assemblée des travailleuses a décidé de reconvertir la production, de mettre la gestion ouvrière de la production au service de la collectivité. C’est pourquoi nous fabriquons aujourd’hui des masques et des blouses », explique Marina Catilao, l’une des figures de la gestion ouvrière du textile.

Aujourd’hui, « nous sommes une gestion ouvrière » et « nous sommes un exemple clair qu’une usine qui ferme peut relancer la production par ses propres travailleurs. La production peut être reconvertie. Nous pensons qu’aujourd’hui la solution est de mettre les entreprises privées au service de la santé de la population. »

La reconversion de l’usine a non seulement permis de mettre la production au service de la lutte contre la pandémie de coronavirus mais, en raison de la forte demande, de nouveaux travailleurs ont été embauchés.

« Nous savons que des milliers de licenciements et de chômages partiels ont lieu dans le pays. Nous sommes fières de dire que nous avons pu intégrer deux camarades emblématiques de la lutte du Parc industriel ».Cette semaine se sont ainsi joints à elles Franco Vergara et Carmen Puel. Tous deux sont des figures de la lutte héroïque sur 15 mois des ouvriers des menuiseries Maderas Al Mundo S.A., dans le parc industriel de Neuquén.

Carmen Puel : « Dans cette crise, la vraie réponse est donnée par les travailleuses et par les travailleurs »

Carmen, avec ses collègues, des femmes et des familles de bûcherons, a mis en place le comité de femmes qui leur avait permis de mener cette très longue lutte pour la défense de leurs emplois. Aujourd’hui, elle travaille comme couturière dans l’industrie textile. « C’est une énorme fierté pour moi. Quand j’ai reçu le coup de fil, c’était quelque chose d’énorme que je ne pouvais pas croire ».

Carmen avait un travail dans le secteur informel, avec le confinement elle ne pouvait plus travailler, tout comme son compagnon. Elle souligne l’exemple montré par la coopérative du textile Traful Newen dans un contexte de « crise sanitaire et sociale où la bureaucratie syndicale ne fait rien, laissant des milliers de travailleurs dans la rue ». En ce sens, elle a souligné que la gestion ouvrière, et les femmes à sa tête, « sont désireuses et capables de fournir le système de santé provincial, en augmentant la production et en générant des emplois. »

Franco Vergara : « Les entreprises doivent adapter la production aux besoins des travailleurs et de la population ».

« Je suis très heureux que les travailleuses du textile aient décidé d’embaucher des personnes à la gestion ouvrière », a déclaré Franco, qui travaille maintenant comme coupeur dans l’industrie textile. « J’ai travaillé dans une entreprise dirigée par un patron et le climat est complètement différent. La vérité c’est qu’ici on se sent accompagné par le fait d’être entre travailleurs, en apprenant un nouveau métier, de la coupe du bois à la coupe du tissu. »

En ce sens, il a souligné l’importance de reconvertir la production et de « commencer à travailler pour ce qui est nécessaire ». C’est ce que nous, les travailleurs, devons faire, encore plus au sein des gestions ouvrières, pour produire pour celles et ceux qui en ont besoin ». Les ouvrières du textile de Traful Newen ont toujours « été un exemple pour les menuisiers, et aujourd’hui elles sont un exemple pour tous les travailleurs. Non seulement dans le pays, mais dans le monde entier. Les entreprises doivent adapter leur production aux besoins des travailleurs et de la population. »

Monica Salvador, est la coupeuse de l’usine. Elle est très heureuse de l’embauche des nouveaux collègues. « Nous n’en avons jamais assez de la craie, du scotchage et de la coupe, alors nous avons pris la décision de prendre deux personnes, une pour la machine et une autre pour faire le travail de coupe. Ce poste a été affecté à Franco Vergara. Il a appris très vite et est déjà en train de couper. »

L’unité étudiants/travailleurs, également présente dans cette expérience

À l’initiative de la présidence du Centre des étudiants en sciences humaines, les étudiants collaborent bénévolement avec les travailleurs du textile.

« Nous avons décidé de les rejoindre dès que nous avons appris que les ouvrières du textile ont décidé en assemblée de reconvertir leur production et d’utiliser toutes les ressources, techniques et machines pour la fabrication des masques, ce qui fait défaut en ce moment », a déclaré Carla, présidente du Centre des étudiants en sciences humaines.

« Nous voulons mettre en avant le fait que cet exemple devrait se propager dans tout le pays, en utilisant les grandes usines avec le plus de technologies pour mettre tout en place face à cette pandémie. »

Le contrôle ouvrier, la seule issue face à la crise sanitaire ?

Stopper la production dans les entreprises non essentielles est une nécessité vitale. Mais, comme le soulignait Daniela Cobet dans son article ‘Et si le contrôle ouvrier sur l’économie était la seule issue face à la crise sanitaire ?’ : « Contrairement aux patrons, qui ne pensent qu’à leurs profits, les travailleurs sont d’ores et déjà en train de démontrer la force de leur disposition à contribuer à sauver des vies, dans la santé mais aussi dans tous les services publics essentiels. Si demain il s’agissait de reprendre le travail dans certaines usines pour produire des respirateurs, pour construire des hôpitaux, pour fabriquer des masques, dans des conditions de sécurité correctes, les travailleurs ne manqueraient certainement pas à l’appel. »

Dans cette situation de crise sanitaire et économique, la question du contrôle ouvrier se pose urgemment. Les exemples de reconversion de la production dans les usines sous gestion ouvrière Traful Newen et Madygraf en Argentine pour fabriquer masques, blouses et gel hydroalcoolique, montrent que ce sont les travailleurs qui ont les clés pour résoudre ces crises. Et non pas l’Etat et les patrons.

Article publié sur le site « révolution permanente » le 8 avril 2020

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