Féminisme/Italie

Italie. Le mouvement «Non Una di Meno» ne s’arrête pas !

Par Maria Panariello*

Le 25 novembre, le mouvement « Non Una di Meno » a organisé une manifestation dans les rues de Rome. Celle-ci fait suite à la manifestation de novembre 2016 (1) et s’est déroulée dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Cette fois-ci, le mouvement s’est mobilisé autour d’un « Plan féministe » (2) qui est le résultat d’un travail de réflexion et d’écriture collectif de centaines des femmes. Cela constitue une première dans l’histoire des mouvements féministes en Italie

La participation a été importante. Plus de quarante autobus provenant d’une cinquantaine de villes italiennes ont amené cinq cent mille personnes (femmes, hommes, lesbiennes, gay, trans et queer) dans la rue. Celles-ci ont crié des slogans antisexistes, antiracistes et anticapitalistes en inaugurant un automne de lutte dans ce pays. Depuis la place de la République, le cortège s’est rendu à la place San Giovanni en passant par le centre-ville de la capitale. À l’instar d’autres villes italiennes, la ville de Rome connaît des épisodes de violence contre les femmes et constitue le banc d’essai d’une politique gouvernementale de plus en plus répressive. Parmi les manifestants il y avait des Italiens et italiennes de deuxième génération, hommes et femmes réfugiées, étudiant-e-s et élèves : tout le monde est descendu dans la rue pour affirmer la détermination de la lutte féministe et la nécessité d’une justice sociale.

Au cours de cette journée, le mouvement « Non Una di Meno » a répété ce que les médias voient seulement aujourd’hui à la suite des cas de harcèlement sexuel dénoncé dans le milieu hollywoodien, à savoir que la violence envers les femmes est un facteur systémique qui pénètre chaque sphère de notre société : cette violence existe dans la famille, dans les relations quotidiennes, au travail, dans des postes de frontières ainsi que dans les médias. Ces derniers utilisent dans leur communication un jargon qui place les femmes en situation de victimes passives ; on a tendance à parler seulement de la femme et jamais de l’agresseur ; le discours courant tourne autour des explications qui reposent sur l’idée d’un « élan de folie » et sur une prétendue maladie de l’homme-agresseur. Voilà l’attitude dont font épreuve les journalistes italiens quand traitent de ces questions. Ainsi faisant, ils oublient que cela représente aussi une forme de violence vers les femmes ! En revanche, le mouvement « Non Una di Meno » a insisté sur le rôle actif et proactif des femmes ; elles ne sont pas des victimes puisqu’elles sont déterminées à changer l’ordre existant.

assemblée rome NUDM

Assemblée nationale du 26 novembre 2017

Le lendemain de la manifestation, le mouvement s’est réuni en une Assemblée nationale pour aborder les défis des prochains mois dans le but de mettre à l’œuvre chaque point du « Plan féministe » issu d’un travail qui a duré une année avec la tenue de 5 assemblées nationales et 9 « tables thématiques. »

Les quelque 400 personnes présentes à l’assemblée se sont engagées à concrétiser les principes et revendications de ce document. Il s’agit d’un signal clair lancé par un mouvement qui a su se construire dans la mobilisation et qui lutte pour des objectifs clairs. L’assemblée à d’ores et déjà répondu à l’appel des femmes argentines pour une grande mobilisation commune le 8 mars 2018. En Argentine et en Italie les femmes ont réussi à porter dans le débat public des thèmes qui posent les vrais problèmes en termes des besoins concrets à même de combler le vide politique qui régnait dans ces pays. Le mouvement « Non Una di Meno » a réussi à sortir de l’isolement tous les sujets dont personnes ne lui avait donné de voix jusqu’aujourd’hui. À l’encontre d’un individualisme stupide vers lequel la droite et les groupes fascistes veulent nous faire tomber, les femmes ont transformées le #metoo en #wetoogether (3), c’est la lutte de chacun qui devient la lutte de tout le monde !

Le mot d’ordre « les rues sûres sont faites par les femmes qui les traversent » (4) ne peut pas se limiter à la dénonciation de l’appareil de surveillance et de contrôle de notre société mais il doit servir de boussole pour construire des nouveaux espaces de lutte et de conquête pour les femmes.

* Article publié le 27 novembre 2017 sur le site communianetwork.org. Traduction : Cercle la brèche.

________

Notes

(1) Voir le compte rendu de cette première manifestation organisée par le mouvement « Non Una di Meno » publié sur notre Blog : https://cerclelabreche.wordpress.com/2017/01/10/le-feminisme-nest-pas-mort-on-a-la-vu-dans-les-rues-de-rome/ (CLB)

(2) Il s’agit d’un document de 57 pages qui analyse la violence systémique contre les femmes en Italie en proposant des mesures concrètes pour la combattre. Parmi les revendications, on trouve : la garantie et le financement public de l’avortement ; le renforcement des programmes d’éducation sexuelle dans les écoles ; l’augmentation des financements publics pour les centres anti-violence ; l’octroie immédiat d’un permis de séjour pour les femmes sortant d’une situation de violence ; l’augmentation de 3-6 à 12 mois du séjour hospitalier pour les femmes victimes de violences ; favoriser l’entrée des femmes victimes de violences dans des logements sociaux ; l’introduction des règles et codes journalistiques anti-sexistes et des sanctions pour les médias qui ne les respectent pas, etc. Le document (en italien) peut être consulté sur ce lien : https://drive.google.com/file/d/1r_YsRopDAqxCCvyKd4icBqbMhHVNEcNI/view

(3) L’autrice de ce texte souligne la nécessité de ne pas se limiter à une dénonciation individuelle des violences faites aux femmes sur les réseaux sociaux à l’instar de la campagne de partage et dénonciation des violences contre les femmes démarrée sur Tweeter en octobre 2017, suite au cas d’accusation de harcèlement sexuel contre le producteur américain Harvey Weinstein. Il est en effet nécessaire de dénoncer le caractère systémique des violences faites aux femmes et, surtout, de s’organiser collectivement pour les combattre. D’où le sens du #wetoogether portée par le mouvement. (CLB)

(4) Il s’agit de l’un des mots d’ordre de la manifestation du 25 novembre 2017. Il fait référence à une polémique que le mouvement a engagé avec le quotidien Il Messaggero. Le journal publie souvent des articles et commentaires sur les cas de violence contre les femmes en reléguant ces dernières a des victimes passives et, souvent, en les accusant d’être eux-mêmes responsable de la violence qu’elle subissent. À ce propos, le journal a relayé l’initiative d’un « manuel de bonnes pratiques » signé par Lucetta Scaraffia selon lequel, pour finir, les femmes se rendraient toujours responsables de leur agression en raison de leurs provocations, de la manière dont elles s’habillent, ou par d’autres comportements « impropres. » (CLB)

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